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27/07/2005

Les couleurs primaires de l'architecture urbaine


Je ne sais pas si vous l'aviez remarqué, mais l'on reconnaît à tout coup une école primaire aux huisseries des fenêtres, invariablement de couleurs criardes, jaune, bleu, vert ou rouge. Les façades sont lisses (un an d'âge) ou craquelées (deux ans d'âge).
Quel est le message de ces huisseries ? Rappelons-nous des pensionnats des années 50. des images vous viennent à l'esprit : les 400 coups de Truffaut, Zéro de conduite. Les pissotières sinistres, les lits à barreaux, les pyjamas de tergal, le savon jaunâtre, les coupes en brosse, le surveillant général, les murs gris.
Bref, l'école d'antan évoque la prison.
Rien de tout cela aujourd'hui. Nos écoles primaires sont sympas. De gentils coloriages aux murs, et surtout, surtout, des couleurs vives. Nous sommes là pour nous amuser (oublions un instant que la compétition commence maintenant dès le CP, d'accord ?). Nous sommes là pour être heureux.
Vous ne le voyez toujours pas ? Admirez les entrées de ville, si décriées, si faussement décriées : des centres commerciaux sympas, (oh ! Le gentil hippopotame du restau, oh ! les belles couleurs du McDo, oh ! les jolies couleurs du Conforama !). Mais le client est roi, n'est-ce pas ? Le client ne doit jamais (jamais ! ) oublier qu'il vit l'âge d'or de l'humanité, le client ne doit jamais oublier que le passé est ténèbres et grisaille (quand on pense qu'en 1975, il n'y avait que du concentré de tomates comme sauce !). Le mouton est tondu, mais avec une tondeuse fluo.
Toujours pas convaincu ? Bien. Entrons plus avant dans la ville. Après les commerces, les pavillons. Ah! On est loin des mesquines maisons grises d'antan (ces maisons qui bordent les rues principales des sinistres petits villages). A l'âge d'or, le peuple a conquis le droit citoyen de vivre dans une villa d'un quartier résidentiel. Là encore, admirez les couleurs des façades. Jaune crème onctueux dans le Nord, Rose saumoné dans le Sud. Et le petit morceau de gazon démocratique (arrosé de pesticide, bien entendu), juste devant les palmiers bordant la chaussée! On est loin du platane vulgaire, tout juste bon à ombrager le populo à casquette pratiquant son sport de ringard, la pétanque, tout en buvant son pastis.
Non, ici, voyez-vous, c'est un quartier sympa. Silence, calme, et hypermarché à dix minutes.
Oh, bien sûr, le centre-ville n'est pas oublié, nous y allons acheter notre pain le dimanche, et quelques tranches de Serrano chez le charcutier (pardon : le traiteur). Mais ces immeubles, mon Dieu ! D'un gris plâtreux, et il doit y faire si sombre…
Continuons notre chemin. Après le quartier résidentiel, voici (sonnez trompette, roulez tambour!) le nouveau quartier de standing de la cité : à cinq minutes (à pieds!) du cœur historique, dix immeubles luxueux (mais pas trop haut, bien sûr, nous ne sommes plus dans les années 70, nous avons postmodernement corrigé les dérives de cette époque) vous attendent.
Là encore, même scénario : façades crème (ou rose saumoné), mais quelque chose cloche. Le piéton se fait rare, le touriste ne vient pas. Pourtant, entrons dans l'un de ces immeubles, entrons dans un appartement : tout y est propre, spacieux, confortable, net.
Mais c'est à l'intérieur.
Incontestablement, le goût intérieur s'est amélioré depuis quelques décennies : plus d'affreux papier peint dégoulinant de fleurs. Plus de meubles sinistres, massifs, noirs. Plus de cloisons entre salon et salle à manger. Plus de grosse horloge au tic-tac obsessionnel.
Lorsqu'il s'agit de nous, fini de rire, fini le sympa, fini les couleurs criardes des façades, fini le béton bon marché des façades. Chez nous, nous voulons du high-tech, du 16/9e, du canapé cuir, du four électronique.
La façade? La laideur des immeubles? Ah oui, mon bon monsieur, c'est laid, certes, mais que voulez-vous, c'est comme ça. Le beau ça coûterait trop cher (dit l'homme moderne, pourtant persuadé que l'on crevait de faim au XIXe siècle).
Ainsi parle l'homme moderne, ainsi le Grand Parc d'Attraction Mondial continue de ronger nos villes et nos campagnes, ainsi progresse l'écolmaternellisation du monde.

26/07/2005

DU ROI ET DE LA CONSTITUTION GISCARD



Ce qui est pratique, avec la monarchie, c'est qu'étant morte, on peut la diffamer sans risque d'être contredit…

Jacques Nikonoff, président d'ATTAC : "Alors, « souveraineté populaire », qu’est-ce-que c’est? C’est une expression qui peut paraître vieillote, mais qui fait partie du lexique républicain, et qui s’appuie sur la Révolution française. Il faut revenir aux origines. La souveraineté populaire est née en 1789, en opposition à la souveraineté royale, c’est-à-dire divine, et c’est précisément pour renverser cette souveraineté divine, et le pouvoir de la noblesse, qu’est apparue la souveraineté populaire, c’est-à-dire le pouvoir du peuple. Aujourd’hui, on se retrouve, avec cette constitution européenne et l’ensemble des politiques néolibérales, avec la même volonté que celle de l’Ancien Régime, qui est de remplacer le résultat de la Révolution de 1789, qui a érigé la souveraineté populaire comme un principe fondamental, par ce qui est appelé aujourd’hui la « gouvernance », c’est-à-dire des méthodes, des recettes de gouvernements qui s’appuient essentiellement sur les théories néolibérales"

…du moins tant que les royalistes resteront engoncés dans leur manteau conservateur. Ces gens-là n'ont tout simplement pas les outils mentaux nécessaires pour contredire Nikonoff (qui défend par ailleurs de bonnes idées sur le plan économique).
Nikonoff prétend tout d'abord que la souverainté royale est divine, ce qui est un non-sens. L'expression "droit divin" signifiait non pas la divinité du Roi (ce n'est pas un pharaon), mais que le Roi devait respecter les "commandements de Dieu" (garantie qu'il ne se conduise pas en tyran sanguinaire, genre Pol Pot ou Hitler).
Mais Nikonoff s'enfonce encore plus dans l'erreur en assimilant ce pouvoir royal à celui de la noblesse! Toute notre histoire montre au contraire que le Roi n'a pas connu d'ennemi plus permanent que la féodalité, du Duc de Bourgogne à la Fronde. Passons.
Ou ne passons pas, tient.
Pourquoi est-il aujourd'hui commun d'assimiler royauté et noblesse?
Réponse : c'est entièrement la faute des "royalistes", qui n'en ont que le nom. Ces descendants spirituels de l'émigration de 1815 ne méritent que l'appellation de conservateur. Coupés du peuple (qui était lui royaliste), retirés dans leurs châteaux, soutiens de l'AF de Maurras, toujours partant pour fleurdelyser leurs rallyes, comment voulez vous que le commun ne les assimile pas aux "Privilégiés"? (même si ces privilèges n'ont disparus que pour les naïfs, mais c'est un autre débat).
Mais revenons à Nikonoff, puisque les errements des conservateurs fleurdelysés ne doivent pas nous empêcher de défendre l'idée royaliste. Le président d'ATTAC inverse vraiment les rôles, en affirmant qu'"on se retrouve, avec cette constitution européenne et l’ensemble des politiques néolibérales, avec la même volonté que celle de l’Ancien Régime, qui est de remplacer le résultat de la Révolution de 1789, qui a érigé la souveraineté populaire comme un principe fondamental, par ce qui est appelé aujourd’hui la « gouvernance », c’est-à-dire des méthodes, des recettes de gouvernements qui s’appuient essentiellement sur les théories néolibérales"
C'est tout de même extraordinaire de faire porter au royalisme ce qui n'est somme toute que la conséquence logique de la République! Car enfin, les politiciens, pour être élus, ont besoin d'un parti, qui a lui-même besoin d'argent. Pour conserver le pouvoir, ces politiciens ont besoin de complaire à leurs bailleurs de fond (je force un peu le trait, mais enfin, c'est à peu près ça. Que celui qui croit au désintéressement de nos hommes politiques me jette la première pierre!).
Même dans le cas d'une classe politique honnête, le système politique républicain, intrinsèquement, n'offre pas au Pouvoir l'INDEPENDANCE vis-à-vis de la Finance. On n'imagine pas un Roi, qui se moque des lobbies comme personne, signer un traité tel que la Constitution Giscard (tiens! Un noble…). Quel intérêt aurait-il à le faire? La fin de la France en tant qu'Etat signifie la fin de son pouvoir. L'extension du domaine de la concurrence pure et parfaite, quel intérêt pour lui?
Non, vraiment, un Roi de France n'aurait jamais commis un tel forfait. Qu'on me prouve le contraire.

19/07/2005

LITTLE DANTEC, BIG BROTHER


Depuis son exil de lofteux à Montréal, Momo Dantec, le héraut du cyberoccident métachrétien, daigne nous adresser, à nous autres pauvres dhimmis "d'Eurabie" (selon sa fine expression -qui n'est même pas de lui) ses philippiques enflammées.
Hélas pour lui, elles tiennent moins de Caton que du carton (ondulé).
La dernière en date, publie sur le site de Ring (un webzine néoréac fana de Lance Armstrong et d'Alexandre Del Valle…) surpasse toutes les autres à un point tel que l'on ne peut résister au plaisir de la décortiquer.
Le sujet : roulement de tambour, vous l'aurez deviné, c'est : les MECHANTS NIHILISTES ISLAMISTES FLAGELLANT L'OCCIDENT CHRETIEN. (Bon, d'accord, c'était une devinette facile, la réponse étant toujours la même).
Momo aime Drieu et ça se voit : son texte commence par une petite pique contre "la vielle Europe fébrile à l'approche des congés payés." Il est vrai que ce n'est pas au Texas (oh yeah!) qu'on aurait l'idée de prendre des congés payés. Faignasses d'Européens!
Tout à coup, dans ce décor fossilisé, surgissent, on ne sait pourquoi, des types plus tarés les uns que les autres, qui se kamikazent dans le métro londonien SANS LA MOINDRE RAISON! Juste histoire de se retrouver au "Paradis aux soixante-douze vierges" promis par le Coran! Des fous, vous dis-je!
Mais soyons honnête : Momo donne tout de même quelques explications : "Entre deux révolutions des Lumières s'est immiscée la rébellion de l'obscurantisme." Pire : "le spectre du fascisme plane à nouveau sur l'Europe" (on se demande ou il va chercher tout ça). Tout s'explique : si des terroristes se font sauter avec leurs bombes, c'est parce que ce sont d'affreux obscurantistes nazis. Et leurs bombes! Quelle puissance de feu! " De tristes souvenirs, on se remémorera que les déflagrations mortifères qui tuèrent les derniers londoniens innocents avaient alors pris l'apparence apocalyptique des V1 et V2 nazis (…) Comment renoncer à faire cette comparaison devant les scènes étrangement familières de rues couvertes de gravats et de bouches de métro dévorées par le baiser mortel des engins explosifs?". Oui, comment?
Peut-être en remarquant (oh! Timidement!) qu'on ne bombarde pas impunément un pays souverain (l'Irak) sans prendre le risque de se faire bombarder soi-même, comme l'a noté le courageux député ex-travailliste George Galloway à la Chambre des Communes.
Mais non, pour Momo, les deux terreurs nazies et islamistes, "dans le miroir faustien de l'histoire (sic), s'observent et se ressemblent cruellement". L'Occident chrétien, lui, ne sème pas la Terreur, il propage la démocratie, nuance!
Vous n'êtes pas convaincu? Attendez, attendez! Momo a encore de quoi vous terrifier encore plus : les islamistes ne sont pas seulement des nazis, mais "un nouveau dragon, plus résolu et plus indomptable encore" (re-sic), "une bête monstrueuse, elle aussi en quête de lebensraum, elle aussi décidée à tout pour parvenir à ses fins, elle aussi prête à souffler son feu abject" (sic et sic!).
Ben Laden, en fait, c'est Godzilla!
Emporté par son lyrisme de manga, Dantec se vautre lamentablement dans son paragraphe suivant. Désireux de nous faire part de son immense culture littéraire (anglo-saxonne, of course), il affirme que "ce sont sans nul doute les écrits dystopiques (sic) de George Orwell qui pressentent le mieux les événements tragiques auxquels nous venons d'être confrontés. Dans 1984, le romancier nous livre le témoignage d'anticipation d'un citoyen de Londres, capitale d'Océania soumise à une attaque surprise des forces d'Eura(b)ia, un témoignage saisissant qui aurait pu être livré en 2005" (Momo pourrait se recycler en rédacteur de quatrième de couverture…).
Que raconte Orwell dans ce passage ciblé par Dantec? Tout bonnement le bombardement impromptu d'une rue londonienne.
Pour Momo, cela témoigne du talent "visionnaire" d'Orwell, cet écrivain de "science-fiction".
Alors là, nous allons devoir quitter le ton sarcastique pour répondre sérieusement :
Premièrement, Orwell ne s'est jamais considéré comme écrivain de science-fiction (seuls ceux qui n'ont rien compris à l'œuvre du génial Anglais partagent cette erreur de jugement). 1984 est une satire du monde de l'après-guerre, des dictatures, des défilés militaires, de la propagande radiophonique, bref, de "l'esprit de gramophone"cet ancêtre terrifiant de la langue de bois " ("novlangue").
On le vois, on est loin du cyberpunk à la Dantec, qui fleure bon son 1979…
Deuxièmement, et là, un énorme éclat de rire nous prend à l'idée de la belle balle que Momo s'est tirée dans le pieds, ce bombardement de Londres décrit par Orwell, pourquoi se produit-il, sinon parce que l'Océania est en guerre avec l'Estasia? ("L'Océania a TOUJOURS été en guerre avec l'Estasia"!). Et cette guerre, Orwell le souligne fortement, est VOULUE par Big Brother. LA GUERRE C'EST LA PAIX, proclame les affiches martiales du régime. Comment ne pas voir là le parallèle avec la guerre américaine? Comment ne pas voir que cette guerre sert les intérêts des lobbies qui contrôlent ce gouvernement? (1) Lobbies financiers, lobbies pétroliers, lobbies militaires! Comment ne pas voir derrière l'image de Ben Laden, l'image de Saddam Hussein, l'image de Zerkaoui (et bientôt, l'image du nouveau président iranien), comment ne pas voir celle de Goldstein, l'ennemi invisible, toujours battu, toujours vivant, éternellement menaçant, l'image enfoncée, jour après jour, inlassablement, par les médias occidentaux(2) jusqu'à la gueule des téléspectateurs (étonnez-vous de l'obésité croissante, après ça!).
Mais Dantec se trompe-t-il ou avoue-t-il? Plus loin il parle de nous comme les "habitants (de) l'ouest d'Océania".
Nous sommes donc Océaniens.
LA PARTIE EST TERMINEE.
IL AIME BIG BROTHER
ET SON NOM EST AMERICA


(1)Ce gouvernement ou un autre : qu'on ne compte pas sur nous pour bêler avec la gauche sur le gentil Kerry…

(2) Qu'on ne nous raconte pas d'histoire : les médias français n'ont jamais été véritablement opposés à la guerre en Irak. Ils ont repris la terminologie du Pentagone, embrayés sur le mythe Zerkaoui, parlé du "trou à rat de Saddam", propagé les mensonges US sur le "boucher de Bagdad", considéré les élections fantoches de janvier comme un "succès"…


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