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17/03/2007

Où sont passé les trains d'antan ?

J'ai connu ces trains si bien crayonnés par Gotlib dans les Dingodossiers (par Margerin, aussi), ces wagons-lits aux draps rèches, ces compartiments verts, avec la petite photo de la France profonde, en noir et blanc. J'aimais me balader dans la travée latérale, forcer ces putains de portes entre chaque wagon. Bien sûr, on était déjà loin des trains mythiques des années 20 (l'Orient Express) ou même des années 50 (ah! boire un verre avec Eva Mary-Saint pendant que défile les paysages de l'Ohio).

J'aimais cette divine surprise, si rare : un compartiment vide. Vous fermez la porte, vous tirez les rideaux, vous vous installez dans le sens de la marche, les pieds sur la banquette avant...

Les trains étaient lents, d'accord, mais paradoxalement, on s'y ennuyait moins. On s'arrêtait dans de nombreuses gares, des villes hors du temps, Dijon, Valence, Laval, La Rochelle...

Aujourd'hui, d'accord, on fait Paris-Marseille en trois heures, mais dans quelles conditions ? Pas le temps de voir les gares, des sièges en plastique recouverts de deux milimètres de feutrine rèche, les connards blablateurs à portable, ces wagons tous identiques, double rangée à gauche, double rangée à droite... Même la première classe a un côté vulgaire.
Quant aux wagons-restaurants, tu oublie.

Il existe heureusement encore de jolies gares style IIIe république (La Ciotat, Quimper...), mais commencent à pulluler ces infectes usines de transit en verre-béton-acier (la sainte trinité d'un monde aveugle à la beauté), dont le pire exemple est Montparnasse.
Qui nous reconstruira ces cathédrales de fer, telles Saint-Charles ou Austerlitz ?

Et j'aime marcher sur les anciennes lignes, mangées par la mauvaise herbe, de nos gares campagnardes abandonnées, mais j'aimerais encore mieux les voir revivre. A l'heure du pétrole cher, plutot que de multiplier les cars, j'aimerais voir revivre ces petites gares, ces ouvertures vers l'ailleurs, qui me faisaient rêver étant petit.

Mais non, TGV über älles, tout pour les cadres, les "technopôles", vite, vite, pas une minute à perdre, time is money, blablabla. L'heure est venue des voyages d'affaire, portable sur la plaquette, entre les buildings de Francfort et l'administration de Bruxelles.

J'ai mal à mon train, docteur.