29/04/2008
Deux conceptions de la nation
On se targue souvent en France d'avoir une conception "ouverte" de la nation. Celle-ci serait une sorte de conglomérat juridique basé sur la volonté commune. Ecoutons Fustel de Coulange dans une lettre qu'il écrit à l'historien allemand Mommsen en 1870 :
"Vous croyez avoir prouvé que l'Alsace est de nationalité allemande parce que sa population est de race germanique et parce que son langage est l'allemand. Mais je m'étonne qu'un historien comme vous affecte d'ignorer que ce n'est ni la race ni la langue qui fait la nationalité.
Ce n'est pas la race : jetez en effet les yeux sur l'Europe et vous verrez bien que les peuples ne sont presque jamais constitués d'après leur origine primitive. Les convenances géographiques, les intérêts politiques ou commerciaux sont ce qui a groupé les populations et fondé les États. Chaque nation s'est ainsi peu à peu formée, chaque patrie s'est dessinée sans qu'on se soit préoccupé de ces raisons ethnographiques que vous voudriez mettre à la mode. Si les nations correspondaient aux races, la Belgique serait à la France, le Portugal à l'Espagne, la Hollande à la Prusse ; en revanche, l'Écosse se détacherait de l'Angleterre, à laquelle elle est si étroitement liée depuis un siècle et demi, la Russie et l'Autriche se diviseraient chacune en trois ou quatre tronçons. (...)"
A l'inverse, pour un Italien comme Vico ou pour un Allemand comme Herder, la nation est la communauté humaine qui regroupe des hommes partageant le même langage et (accessoirement) la même culture ou la même histoire.
Accessoirement, car la "culture" est un terme trop vague pour pouvoir être rationalisé, à l'inverse de la langue. La langue définit la psyché des peuples (surtout la langue des élites avant la généralisation de l'instruction publique). Ainsi, même si Bavarois et Prussions ont une "culture" différente (catholicisme baroque là, austérité protestante ici), l'important est qu'ils partagent la même langue.

L'Europe des empires
Mais revenons au texte de Fustel. Oublions le terme de "race", si mal compris de nos jours et qui ne signifie en fait qu'ethnie (mais le crétinisme ambiant confond toujours ethnie et race). Qu'observe-t-on d'évident ? Et bien ceci que Fustel s'est trompé, dans les grandes largeurs, mais ce fait est occulté par l"école historique antinationale contemporaine. En effet, Fustel dit à Mommsen que si sa conception etnique de la nation était vraie, "l'Autriche et la Russie se diviseraient en tronçons", que "la Belgique serait à la France" et que "l'Ecosse se détacherait de l'Angleterre"
Or c'est ce qui se passe!
L'acte de dévolution de 1997 accroit l'autonomie écossaise et le parti indépendantiste y est plus fort qu'il ne l'a jamais été depuis le XVIIIe siècle.
La Belgique n'est plus qu'une fiction administrative qui s'écroulerait sans la monarchie.
L'empire d'Autriche s'est effrondré depuis un siècle sous les coups de boutoir du nationalisme, et les nations slovaques, tchèques, croates, hongroises, etc. s'en sont séparé.
L'empire russe s'est disloqué en 1917 et 1989 et s'en sont libéré les nations finlandaises, lettones, lituaniennes, arméniennes, géorgiennes, estoniennes, polonaises, persophones (Tadjiks) et turcophones (Ouzbeks, Kazaks, Kirghises, Turkmènes).
Bien sûr, là ou Fustel avait raison sur un point c'est que ces libérations se sont basées sur le consentement des peuples, mais là ou Herder ou Mommsen avaient raison, c'est que le consentement des peuples lui-même se base la plupart du temps sur le substrat ethnico-linguistique!
Le général de Gaulle possédait cette vision herdérienne du monde. Ce n'était pas du tout un "visionnaire" comme le proclament les gaullistes en carton, mais un réaliste. Pour lui, la RDA, l'URSS, la Yougoslavie, le Canada n'étaient pas des nations mais des conglomérats artificiels qui se disloqueraient tous un jour ou l'autre.
Le point de vue herdérien permet de prévoir les futures modifications de la carte politique européenne. En gros, nous aurons
-une fin de la Belgique qui se séparera de la Flandre (qui deviendra un Etat-nation) et de la Wallonie (qui sera annexée par la France)
-le rattachement de la Moldavie à la Roumanie (à l'exception de la Transnistrie russophone)
-l'annexion de l'Ukraine et de la Biélorussie (qui ne sont pas de vraies nations) par la Russie, dès que la puissance américaine s'écroulera
-la dislocation du Royaume-Uni, avec indépendance de l'Ecosse et réunification irlandaise (lorsque le poids démographique irlandais supplantera celui des Anglais en Ulster)
-le détachement du Pays Basque de l'Espagne (je ne me prononce pas sur le cas catalan, connaissant très mal l'histoire de cet endroit, mais le fait qu'ai existé pendant des siècles une couronne d'Aragon face à la Castille ne rend pas improbable du tout une cécession de la Catalogne. Tout dépendra de la réaction du roi d'Espagne)
A plus long terme, il est probable que l'Autriche sera rattachée à l'Allemagne et que la Suisse soit dépecée par l'Italie, la France et l'Allemagne.

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28/04/2008
Un discours qui file le frisson
Comment peut-on détester le Général après avoir entendu ça ? Sans doute fallait-il être journaliste au Monde, au Figaro, ou partisan de Mitterrand, Lecanuet ou Tixier-Vignancourt...
23:55 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
27/04/2008
Avant que la musique ne reprenne à Versailles...
00:05 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
26/04/2008
La Révolution en chanson
22:15 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
25/04/2008
Brève histoire des courants politiques (6)
1830 : la bourgeoisie libérale est couronnée. Elle a enfin un chef d'Etat (descendant direct du sinistre Philippe-Egalité, l'Orléans qui a voté la mort de Louis XVI et financé les débuts de la Révolution - d'ailleurs les émeutiers qui ont attaqué la Bastille sont partis de son QG : le palais royal) qui pense comme elle : Louis-Philippe, "roi des Français", qui, selon les mots d'Adolphe Thiers, "règne mais ne gouverne pas".
Les faits seront toutefois un peu différents. Louis-Philippe sera plus dirigiste que ne l'auraient souhaité les orléanistes de gauche (le "parti du mouvement" à la Chambre, dont les chefs sont Odilon Barrot et Adolphe Thiers). Ceux-là ne remettent pas en cause la politique du gouvernement (même si l'ultralibéral Frédéric Bastiat, théoricien et promoteur du libre-échangisme intégral souhaite aller encore plus loin dans la voie du libéralisme économique -notons au passage que Bastiat siège à l'extrême-gauche, preuve du lien démontré par Michéa entre Gauche et Libéralisme).
Les orléanistes de gauche souhaitent aussi une politique étrangère plus favorable au principe des nationalités, qui, selon eux, s'oppose au principe monarchique et divin.
Les orléanistes de droite se regroupent au sein du parti de la Résistance, dont les leaders sont Guizot et Casimir Perier. Pour eux, le fin du fin du désirable politique a été atteint. Pourquoi changer ?
Or de la Chambre subsistent les débris de l'Opposition : les vieux Républicains (Lamartine, Ledru-Rollin, Cavaignac, peut-être aussi Stendhal), les socialistes, encore peu connus (Pierre Leroux, Proudhon, Blanc, Barbès, Blanqui) sauf dans les villes et les centres industriels, les bonapartistes (avec Louis-Napoléon Bonaparte, qui tente deux coups d'Etat et retrouve le bonapartisme populaire de 1815 en écrivant l'extinction du paupérisme), et les légitimistes (La Rochejacquelein, Beyrrier, Chateaubriand, et surtout Balzac), qui profiterons de l'orléanisme triomphant pour se rapprocher (trop peu, hélas) des couches populaires.
Les divers changements ministériels, les événements (rares) de poliltique étrangère, ne modifient pas grand-chose à ce jeu à six, qui durera jusqu'en février 1848.
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