24/04/2008

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22/04/2008

Brève histoire des courants politiques (5)

Sous Napoléon, les choses sont assez simples.

Au pouvoir, le parti bonapartiste, qui a couronné les réformes libérales de la Révolution.

Dans l'opposition, un petit parti républicain. Les nuances de la Convention sont bien loin. Le coup d'Etat de Bonaparte a fait oublier les guéguerres entre girondins, montagnards et enragés.

Autre opposition, le parti royaliste, surtout actif à l'étranger via les Emigrés de Coblence. Le parti est donc tombé sous la coupe des aristocrates. Une alliance contre nature qui auraient bien surpris Louis XI, Richelieu ou Louis XIV.

La défaite du petit Corse en 1814 permettra aux Bourbons de rentrer en France. Le futur Charles X défile à cheval dans les rues sous les viva et les drapeaux fleurdelysés de la foule. Le peuple français, dans ses profondeurs, aime toujours sa dynastie et salue Louis XVIII comme l'homme qui mettra fin à l'anarchie et à la violence. Mais le roi est influencé par les aristocrates, qui se méfient du peuple, le confondant (erreur fatale) avec la populace des factions parisiennes. C'est ainsi que Louis reculera et instaurera une chambre soumise au suffrage censitaire. Le roi donne le bâton pour se faire battre!

L'intermède désastreux des 100 jours (qui se terminera par Waterloo, une France plus petite qu'en 1814 et des indemnités à payer, merci le Corse!) créera la légende du bonapartisme populaire, ce qui aura son importance pour notre histoire électorale. Mais si Bonaparte a réussi si facilement son come-back, c'est, ne l'oublions pas et insistons une fois de plus là-dessus parce que c'est capital, parce que les Bourbons, coupés du peuple depuis trente ans, n'ont plus confiance en lui.

La chambre sous la Restauration verra s'affronter les ultras, qui représentent la noblesse (parti réactionnaire), et les doctrinaires, qui représentent la bourgeoisie (parti libéral). On remarque donc l'absence d'un parti véritablement royaliste et populaire, dont seul Châteaubriand est le représentant, essayant en vain de convaincre Louis XVIII puis Charles X de s'appuyer sur le suffrage universel.

 

Le suffrage censitaire lui faisant négliger le peuple, les rois verront celui-ci se détacher d'eux. La place est libre pour la propagande républicaine, la propagande bonapartiste et, à mesure que se développe l'industrie, la propagande socialiste, mais celle-ci est encore dans les limbes en 1830 lorsque se produit le coup d'Etat libéral.

21/04/2008

Brève histoire des courants politiques (4)

1791 : le roi se décide enfin à réagir. Las, il sera arrêté à Varnennes (je crois que Varnennes démontre que la Fatalité, Dieu ou le Destin voulait la réussite de la Révolution. Nul doute que si le roi avait passé Varennes, la Révolution aurait échoué).

Le roi de retour, le tout puissant parti jacobin se divise eux deux : les jacobins "historiques" qui conservent le nom du couvent ou ils tiennent leurs réunions, et une dissidence, nommée club des Feuillants, et qui est l'ancêtre du centre-droit : le parti "constitutionnel", c'est-à-dire ceux qui veulent une république couronnée avec un roi-potiche.

 

Résumons : le parti patriote (bourgeois et libéral) se retrouve repoussé à droite via Varennes. Il est exclu de son club d'origine, le club des Jacobins et se réfugie au club des Feuillants, réunissant les patriotes et les monarchiens.

D'un autre côté, l'aile avancée du club des jacobins profite de Varennes pour pousser vers la république. On peut dire que Varennes est le vrai acte de naissance du parti républicain, dont on peut constater, via ce résumé, les origines clairement bourgoises et libérales (d'ailleurs la loi Le Chapelier de 1791 interdira férocement tout syndicat ouvrier). Ce parti, minoritaire en France, s'imposera via des factions des faubourgs parisiens.

 

Mais certains veulent aller plus vite, plus loin. Ces républicains, moins bourgeois, se regrouperont au club des cordeliers. Les Cordeliers sont clairement les ancêtres du parti radical.

 

Ainsi, dès 1791, nous avons les trois grands partis qui vont dominer la vie politique durant un siècle : le parti libéral (feuillants), le parti républicain (jacobins) et le parti radical (cordeliers).

 

L'ASSEMBLEE LEGISLATIVE

Elle se réunit à l'automne 1791. La majorité est constituée par le parti républicain et par le centre. Le parti jacobin est dominé par des figures venant de Bordeaux, d'ou leur surnom de girondins (ainsi, contrairement à une vieille légende, on peut très bien être jacobin et girondin puisque c'est la même chose!).

Pour imposer la république (puisque les Français n'y semblent pas très attachés), ils ne voient pas d'autre solution que de la fonder sur le sang. Par la guerre. Louis XVI, pour une raison de tactique, se rallie au point de vue girondin et la guerre est déclarée en avril 1792.

Elle durera 23 ans et fera un million et demi de morts, autant que 14-18 pour une population d'à peine 25 millions d'âmes (contre 40 millions en 1914).

 

LA CONVENTION

Craignant une "trahison" de Louis XVI, la commune de Paris (dominée par le parti radical des cordeliers, dont Danton était le chef) exécute un coup d'Etat, emprisonne Louis XVI. On décide de remplacer l'assemblée législative par une Convention nationale, qui serait élue au suffrage universel masculin.

Mais sur 7 millions d'électeurs potentiels, seuls...600 000 électeurs se déplacèrent! Dont bien évidemment une majorité de bourgeois. Par cette abstention massive et via la dictature, le parti libéral constitutionnel était rayé de la carte. A la Convention, il n'y a que des jacobins.

Et bien entendu, il était fatale qu'une assemblée ou ne règne qu'un seul parti se divise en tendances. D'un côté les girondins, souvent provinciaux, répugnant à l'extrémisme de la violence et à la démagogie des factions parisiennes. De l'autre, les montagnards, républicains absolus, souvent parisiens. 

Il n'est pas question ici de résumer l'histoire de la Révolution. Disons juste que la Convention siégeant à Paris, il n'était pas difficile pour les montagnards d'intimider les députés via les spectateurs présents. En juin 1793, la majorité passe aux montagnards.

 

Que sont idéologiquement ces deux partis?

Même si la réalité ne les montre pas aussi modérés et décentralisateurs qu'on l'a dit, c'est souvent la légende qui prime sur la réalité. Ainsi, les girondins survivront-ils dans le parti républicain d'Hugo et Lamartine, en 1848 ou dans la Gauche Républicaine de Jules Ferry.

Les montagnards eux seont revendiqués par les républicains parisiens et par les républicains radicaux (ce sont souvent les mêmes, mais pas toujours)

 

A gauche des montagnards, on distingue les cordeliers de Danton (indulgents) et les cordeliers d'Hebert (hébertistes). Encore plus à gauche, les enragés (Jacques Roux) et les babouvistes. Les babouvistes, les enragés et les hébertistes sont les ancêtres de l'extrême-gauche trotskyste actuelle. Mais leur idéologie les distingue du socialisme français, moins parisien, plus ouvriériste, moins athée, moins violent et plus nostalgique.

 

Les montagnars "purs", c'esr-à-dire les jacobins républicains de Robespierre élimineront successivement indulgents, hébertistes et enragés. Mais la plaine (le centre) prendra peur des conséquences sans fin de la Terreur et liquidera le parti républicain jacobin. C'est la réaction thermidorienne.

Thermidor est la revanche de l'aile girondine du vieux parti jacobin. D'inspiration libérale, elle réprimera dans la violence les insurrections royalistes (ou plus précisément aristocratistes) aussi bien que montagnardes. C'est la posture traditionnelle du parti libéral, avec son mot d'ordre "ni révolution, ni réaction" (mais ils oublient toujours d'ajouter "...mais conservation de l'ordre libéral républicain").

Ce parti thermidorien créera le Directoire et sera incapable de gouverner le pays. Les Français veulent de l'ordre et un chef, mais sans perdre les droits acquis durant la Révolution. Alors, ni roi ni convention ? Qui peut bien faire l'affaire ?

Réponse : ce courant politique vieux comme l'antique, inventé en Grèce mais connu par César : le césarisme, c'est-à-dire un pouvoir populaire personnel et autoritaire. Le bonapartisme peut advenir. Le bonapartisme :  cinquième larron (après les aristocrates, les libéraux, les républicains et les radicaux) des partis qui vont dominer le siècle qui vient.

20/04/2008

Brève histoire des courants politiques (3)

Le parti des philosophes, pour les élections, se fait appeler parti des patriotes, parce qu'il estime que la souveraineté provient de la nation toute entière.

Un véritable coup d'Etat se produit fin juin 1789 lorsque les députés du tiers décident de se former en Assemblée nationale. Louis XVI cède. Les députés arostocrates et cléricaux sont enjoints à rejoindre l'AN.

Passons sur les réformes engagées par l'AN (ce n'est pas notre propos) et venons aux divisions qui dès l'été vont apparaitre au sein de l'Assemblée.

Deux partis se forment.

-Le parti jacobin, issu du Club Breton (car de nombreux députés du club étaient bretons), qui en tient pour une nouvelle constitution dans laquelle le roi n'aurait aucun pouvoir réel

-le parti monarchien qui militait pour accorder au Roi un droit de véto absolu (mais comme l'a fait remarquer Antoine de Rivarol, ce pouvoir royal n'en était plus un à partir du moment ou on lui retirait le seul pouvoir qui vaille, le pouvoir législatif).

 

Et le parti aristocratique ? Il se cache, ses membres émigrent, mais c'est eux qui prendront le contrôle du parti monarchiste, pourtant de sensibilité très différente, à cause de la faiblesse de Louis XVI. Désormais, la droite a annexé la couronne.

 

 

Face à la passivité de Louis XVI, le parti monarchien se délite et la plupart de ses membres le quittent pour l'aile droite du parti jacobin ou pour l'aile gauche du parti aristocratique.

 

19/04/2008

Brève histoires des courants politiques (2)

Bon, abandonnons l'aspect ironiques et replongeons-nous en ce printemps 1789.

Quelles sont les forces en présence ?

 

-d'abord, le parti monarchiste, le plus ancien, dont l'objectif principal est d'affirmer la suprématie de l'Etat sur les féodalités, qu'elles soient nobiliaires ou religieuses. Son second objectif est de redonner à la nation, peu ou prou, ses frontières du temps de la Gaule, sans vouloir les étendre au-dela (comme le désirait le parti impérial, qu'on successivement animés les Carolingiens et les Bourguignons). Le parti monarchiste est l'ancêtre du parti nationaliste populaire (bonapartisme, boulangisme, gaullisme, etc.). De même que le parti impérial est l'ancêtre du parti européen, fédéraliste, qui s'incarnera souvent dans le courant démocrate-chrétien.

Ce parti est sorti gravement affaibli de la mort de Louis XV, qui avait engagé une magnifique réforme visant à faire enfin payer l'impôt aux nobles, à assurer la gratuité de la justice et à retirer des parlements (qui n'avaient aucune légitimité) leur pouvoir de véto sur les lois du roi. Malheureusement Louis XV meurt et son faible successeur, Louis XVI, annule les réformes. Une crise financière en résulte, agravée par le financement par la France de la guerre d'indépendance américaine (décision assez inepte de Louis XVI,là encore, puisqu'au lieu de laisser s'affaiblir l'Angleterre dans une très longue guerre contre ses colonies, nous choisissons d'aider les colons, qui, c'est le moins que l'on puisse dire, n'en serons pas très reconnaissants!).

En 1789, la situation n'est plus tenable, il faut augmenter les impôts. Mais comme les Parlements, recréés par le roi, bloquent tout, pas d'autre solution que de convoquer les Etats généraux.

 

-aux élections, sont élus parmi le tiers-état nombre de députés favorable au parti philosophique. Ce parti, anglophile, souhaite l'abandon du principe catholique de la monarchie ainsi que l'instauration d'une vraie royauté parlementaire, telle qu'elle s'excerce outre-Manche depuis près d'un siècle. Le parti philosophique controle la majeur partie de la presse, de l'édition et est soutenu par la classe bourgeoise. Face à une masse de paysans naïfs et illétrés, elle n'a aucun mal à remporter les élections. Le parti philosophique est l'ancêtre du parti libéral.

-face au parti philosopique se dresse le parti aristocratique. Puissant sous Louis XVI, trop faible pour leur résister, il impose vers la fin du règne le monopole de la noblesse sur les hautes fonctions militaires. Son but est d'affaiblir le pouvoir royal sans céder à la bourgeoisie. Ce parti est l'ancêtre du parti réactionnaire et conservateur, qui subsistera vigoureusement jusqu'à la fin du XIXe siècle, et de manière plus affaiblie jusqu'en 1945. 

 

Les acteurs sont en place, la partie peut commencer.