27/03/2008
mon journal : août 1993
note liminaire : J'ai commencé à écrire mon journal en août 1993. Ce qui suit ne représente pas l'intégralité du journal. J'ai enlevé certaines indications de noms, et, avouons-le, certains passages parce que trop personnels -même s'il en reste dans cette version censurée. Je n'ai par contre rien modifié aux innombrables fautes d'orthographe (ça n'a jamais été mon fort, et puis j'écrivais souvent vite, et puis je fais ce que je veux, hein!) ni aux commentaires politiques ou people, dont certains -beaucoup- me navrent aujourd'hui. Mais bon, j'avais 21 ans...
Lundi 2 août 1993
Lorsqu’on lit de vieux journaux, on s’aperçoit avec le recul qui était visionnaire, menteur ou incompétent. Possible qu’il en soit de même à la lecture d’un journal personnel. Peut-on se juger? Peu probable mais en même temps, qui ne se connaît mieux qu’autrui? (Confus comme phrase). Sans doute faut-il tenir compte de sa propre personnalité mais surtout de l’IMAGE qu’on donne aux autres. Sans autrui, on n’est rien. Il faut donc valoriser l’image SANS PERDRE sa personnalité. On ne peut vivre un amour en se cachant. L’équilibre va être difficile à trouver. Les amis, eux, connaissent l’image et le vrai « moi ». j’en conclus que c’est donc à eux qu’il faut s’adresser pour sortir de ce problème. Avec l’effort personnel en plus, la partie devrait être gagnée.
J’ai envie de faire de la musique. Batterie trop dure, guitare idem, reste la basse. Nathalie et Fabien pourraient m’apprendre le BA-ba. Monter un petit groupe avec JP et Nathalie pourquoi pas? Question paroles, je pourrai arranger mes poèmes.
Cela dit, Aude m’a dit que j’ai tendance à faire plein de projets mais que je ne m’en donne pas les moyens. Elle a -pour le moment- raison.
Je traverse en ce moment une période charnière. Pleins de problèmes :
1-révisions DEUG
2-inscription ESJ
3-inscription fac Paris
4-service militaire
5-chronique
6-programme
7-journaux
8-organisation des vacances
*
Il faut à tout prix que je me donne des règles de vie sinon elle continuera comme aujourd’hui, « une campagne triste où il pleut tout le temps ».
pour ma santé morale, il faut que je sois à Paris en 94. Et cela dépend uniquement 1) du DEUG, 2) du prêt. Il faut absolument que j’obtienne ce prêt.
*
Acheté à Quimper du Mango Chutnay, épice indienne au goût étrange ; un album de JC Tergal et le dernier CD de Bertignac que j’écoute en cette heure tardive. Superbe guitariste!
*
Ceci est le script de mon unique film.
Il n’y en aura pas d’autres.
Mardi 3 août 1993
Fait le test de l’émission de Masure, « moderne ou traditionnel ». le traditionnel l’emporte par 14 à 5. Depuis le début de l’été que je fait ces tests, c’est la première fois qu’il y a un écart aussi large. Cet amour du passé ne me semble pourtant pas si profond. Je sais que je ne pourrais vivre à une autre époque que la mienne, et la lenteur du passé me tuerais. Je crois que c’est l’insatisfaction du présent et par conséquent du futur (qui ne peut s’imaginer que par le présent) qui me fait aimer le passé plus que de raison (bien que mon côté conservateur par naissance et réac par provocation soit fort naturellement). parallèlement, le moderne a des atouts extrêmement séduisants qui emportent l’adhésion de mon côté impatient, enthousiaste et optimiste (serait-ce là trois valeurs de gauche? A voir!). là encore, et comme dans tout, je préfère le juste milieux. A ne pas confondre avec le conformisme gluant de la mode ni avec la modération pondérée (pléonasme) des castrés du centrisme. Le juste milieu peut parfois se trouver dans l’excès par rapport à la norme. Parfois à droite, parfois à gauche, rarement au centre. Mais ce juste milieu est-il universel ou particulier? Aucune des deux hypothèses ne m’enchante, l’une entraînant le totalitarisme, l’autre l’anarchie. Idée : et si ce juste milieu était...juste au milieu de ces deux hypothèses? Mais là encore, le problème se poserais à l’infini. Cette histoire m’énerve.
De Caunes, Sollers et Gaultier à la télé.
Tu me manques, Desproges!
Le conseil constitutionnel vient de déclarer que la Banque de France ne pourra diriger l’économie française avant que le traité de Maastricht ne soit appliqué! Les Fédéralistes* anti-nationaux, les ultras-libéraux monétaristes et les gauchistes-écolo-régionalistes n’ont pas encore gagné. Pas encore.
*Je ne compte pas les centristes, ils sont si insignifiants...
Jeudi 12 août 1993
Historique : allé à la plage toute l’après-midi et PAS UN coup de soleil. J’ai encore parlé de Muriel le à Linda.
Pris un coup de vieux : ma soeur a couché avec un mec.
J’aime encore Aude. Je ne souffre plus au présent, seulement au passé. Cesserai-je un jour de l’aimer? Je crois que seul un amour vient à bout d’un autre amour. Or, étant donné que je suis tombé amoureux 1 fois en 18 ans.. rendez-vous en 2008!
Acheté le livre de Philippe Séguin. Quel discours! Voilà un vrai anti-conformiste. Et les faits lui donnent de plus en plus raison. Le vrai combat, le vrai clivage est entre la Nation et l’Empire. Tous les empires s’écroulent, j’attends de voir une nation le faire! Cela dit, tous les nationaux ne sont pas fréquentables : les religieux, les racistes, pour ne citer qu’eux. Mais chez les impériaux, on va de Charybde en Scylla : des démocrates-chrétiens, des ultra-libéraux apatrides, des dévôts, (en voie de disparition, heureusement!), des gauchistes, évidemment, mais surtout des adorateurs de la déesse Terre. Ceux-là sont les pires! Pour autant, je crois que nous ne sommes qu’au début du renouveau de l’Etat-nation qui ne fait que traverser une crise au cours de laquelle il ne doit que s’adapter et non disparaître comme l’y invitent avec un empressement de méthode coué les sbires de Bruxelles. Bientôt, les nationaux, les gaullistes, les socialistes et les communistes, plus les libéraux colbertistes (Juppé?) s’uniront. Les fissures de l’obsolète division gauche/droite sont flageolantes depuis Maastricht.
Samedi 14 août 1993
Ce soir, Fred devait m’appeler. J’avais envie de sortir. Il ne l’a pas fait. J’en étais tellement sûr. De toute façon, c’est toujours moi qui l’appelle. Pareil pour Mady, pareil pour Herlé. Je ne parle même pas de Carole. Je suis presque sûr que JP, Aude et Nathalie, qui devaient m’écrire, ne le feront pas. J’ai vraiment des amis attentionnés et passionnants… Et pourtant, je crois qu’ils m’aiment bien quand même alors où est la faille?
Moi, je ne sais plus quoi faire. Est-ce de ma faute, et dans ce cas, pourquoi ne me disent-ils pas carrément qu’ils ne veulent pas me voir ? J’ai du mal à croire qu’ils soient tous hypocrites. J’ai du mal à croire quoi que ce soit, d’ailleurs. Tout semble trouble. Rien de stable, de franc, honnête et fidèle. Il faut vraiment que je sois optimiste pour, faute de le voir, le croire.
Quand est-ce qu’elle finira, cette crise?
Jeudi 19 août 1993
Aujourd’hui, et depuis hier, je suis MALADE. Gastro. J’écris ces lignes afin que lorsque je serais en forme et les relirais, je profite encore plus de ce privilège inestimable : la santé. En plus je suis à la diète : pain sec, riz et pâtes. Je rêve d’un gros plat de fruits de mer et de saumon fumé.
Vendredi 20 août 1993
Ayant vu « le gendarme se marie » mardi soir (plus drôle que dans mon souvenir), j’ai eu envie de me replonger dans le bouquin qu’Aude m’avait offert sur ce grand acteur. Ils ont bonne mine, les critiques, aujourd’hui! Encore une fois, c’est le peuple qui avait raison. De Funès était LE génie du comique. Et il y en a encore (à Télérama, évidemment) pour dire qu’il aurait dû prendre sa retraite avant de tourner! Pauvres minables. Vous serez morts qu’ils rediffuseront encore « la grande vadrouille ». J’y pense, c’est le populaire qui a aussi voté « non » à Maastricht, qui a viré les nobles du pouvoir, qui est pour la peine de mort, qui aime les impressionnistes, Mozart, Pink Floyd! Il est moins con qu’il n’en a la réputation, le français moyen (pardon pour ce vocabulaire snobiste). Ce qui démontre encore par la pratique que la démocratie est le meilleur des régimes (à condition d’être un peu bonapartiste, sinon c’est le bordel) car il fait confiance à l’Homme. La démocratie est donc le régime des optimistes. Et comme rien de grand ne se fait sans optimisme, grandeur=démocratie (tempérée). La preuve : les USA sont (qu’on le veuille ou non) les plus forts! Cela dit, la France représente le modèle idéal de démocratie autoritaire, régnant sur un Etat-nation puissant et indépendant, alors que les USA sont l’incarnation de la médiocratie du prophétique Alexis de Tocqueville qui, pour libéral, n’en était pas moins intelligent. Après tout, la démocratie est comme l’Homme, puisqu’elle est humaniste, c’est-à-dire la meilleur et la pire des choses.
Jeudi 26 août 1993
Enfin des vacances! De samedi à mercredi midi, j’ai mangé, « sporté », vu du monde, ri, bref, vécu! Il faut maintenant que je me mette à réviser sérieusement. Ça m’a quand même fait plaisir de revoir JP et Aude. Leurs copains sont plutôt sympa même si je sens bien que pour eux, je ne suis que le « copain d’un ami ».
Ai été pour la première fois voir un film de festival et bing! Le chef-d'œuvre. « Nocturne Indien » de Corneau, avec JH Anglade. Beauté des images, de la lumière, mystère de l’Inde, attrait du voyage, relativité du temps et du bonheur (mais aussi sujet déconcertant). Ce film donne envie de voyager. Une preuve de plus de l’enrichissement que procurent les amis même si j’ai l’impression (j’espère fausse) de ne rien leur apporter sinon mon sale caractère.
Découverte d’un bel album de Higelin. Champagne!
Je n’arrive pas à savoir ce que Aude pense vraiment…
La constitution US est très mauvaise mais elle tient depuis 200 ans. Elle est donc adaptée au tempérament américain donc il n’y a pas de bonne constitution dans l’absolu. Il n’y a de bonne constitution que pour un territoire (ou plusieurs) donné.
Mardi 31 août (1h du matin) 1993
Je me dégoûte. Je viens de taper sur ma soeur parce que (à 1h du matin) le son de la télé était trop fort (ce qui est vrai). Elle a répondu et j’ai craqué. C’est de la lâcheté de la pire espèce car j’étais malheureux et me suis défoulé sur elle. Malheureux d’avoir si peu d’amis qui n’arrêtent pas de me critiquer. Aude surtout, Aude encore. L’année 93 est pire que 92 qui était moins bien que 91.
Ma mère est merveilleuse.
Durant le week-end, pourtant, ça c’est bien passé (du moins en ai-je l’impression). Le dimanche, j’ai discuté avec le réalisateur de Nocturne Indien, un type très ouvert, sympathique et qui a les mêmes idées de moi sur le cinéma. Après, avec les copains de Aude, je me suis fait littéralement agressé parce que je n’aimais pas Sartre. Ils ne veulent même pas reconnaître que plus sectaire que lui, tu meurs! Comme le début des années 90 me semble loin!
Acheté : -une biographie de Napoléon III qui, à mon sens, est le premier véritable bonapartiste
-une biographie de Belmondo qui est, toujours à mon sens, un de nos plus grands acteurs.
Mardi 31 août (minuit) 1993
Ça va mieux. Je me suis enfin mis à réviser. C’est bête! A chaque fois que je travaille, je me sens bien mais que j’ai du mal à m’y mettre, c’est inimaginable!
Vu la dernière de l’émission de Masure où il teste des personnalités. Thème : maître ou esclave. Invités : Arditti, Dard, Birkin, tous aussi intéressants les uns que les autres. C’est plus fort que moi, Birkin me fait craquer à chaque fois que je l’entend (et que je la vois). Sa spontanéité, sa gaieté, sa passion et sa conversation me font bien souvent regretter de ne pas m’être appelé Serge Gainsbourg! Tout de même, pour clore la soirée en beauté : esclave 5, maître 11! Champagne! Comme dirait Higelin. J’ai envie de faire passer ce test à certaines personnes que je connais bien...
Notre héros réussira-t-il son concours? Aura-t-il son DEUG? Les réponses à ces questions dans la suite de notre passionnant feuilleton (il y a des épisodes prévus jusqu’en -normalement- 2052).
C’est vrai, comme le dit ma mère (qui n’y connaît rien) qu’il y a peu de gaullistes. Mais, mais, le traité de Maastricht a marqué la renaissance de ce monstre qui effraie tant l’establishment et les technocrates : le jacobinisme de ce-crétin-de-peuple-qui-doit-laisser-ceux-qui-savent-gouverner-car-il-N’Y-A-PAS-D’AUTRE-POLITIQUE-POSSIBLE! Il y a des médecins de Molière dans notre bon royaume. Moi qui n’aime ni ne ne connaît trop Molière, je me demande si ce n’est pas ça, le génie de ce type : traquer les tares INTEMPORELLES des gens. Hé! C’est pas si facile! Voila donc pourquoi il est indémodable. Oh je sais! Cela doit avoir été découvert depuis des siècles! Il n’empêche que je l’ai trouvé TOUT SEUL et, aussi INSIGNIFIANTE soit cette découverte, elle provient de MON ESPRIT et j’en suis très content!
05:45 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | Tags : gaullisme, maastricht
04/03/2008
RESURRECTION
J'ai le plaisir d'annoncer aux fidèles et autres lecteurs de ce blog que j'ai enfin réussi à obtenir un nouveau mot de passe et que ce blog va renaître de ses cendres!
09:42 Lien permanent | Commentaires (4) | Envoyer cette note | Tags : zemmour, nabe, soral, obama
17/03/2007
Où sont passé les trains d'antan ?
J'ai connu ces trains si bien crayonnés par Gotlib dans les Dingodossiers (par Margerin, aussi), ces wagons-lits aux draps rèches, ces compartiments verts, avec la petite photo de la France profonde, en noir et blanc. J'aimais me balader dans la travée latérale, forcer ces putains de portes entre chaque wagon. Bien sûr, on était déjà loin des trains mythiques des années 20 (l'Orient Express) ou même des années 50 (ah! boire un verre avec Eva Mary-Saint pendant que défile les paysages de l'Ohio).
J'aimais cette divine surprise, si rare : un compartiment vide. Vous fermez la porte, vous tirez les rideaux, vous vous installez dans le sens de la marche, les pieds sur la banquette avant...
Les trains étaient lents, d'accord, mais paradoxalement, on s'y ennuyait moins. On s'arrêtait dans de nombreuses gares, des villes hors du temps, Dijon, Valence, Laval, La Rochelle...
Aujourd'hui, d'accord, on fait Paris-Marseille en trois heures, mais dans quelles conditions ? Pas le temps de voir les gares, des sièges en plastique recouverts de deux milimètres de feutrine rèche, les connards blablateurs à portable, ces wagons tous identiques, double rangée à gauche, double rangée à droite... Même la première classe a un côté vulgaire.
Quant aux wagons-restaurants, tu oublie.
Il existe heureusement encore de jolies gares style IIIe république (La Ciotat, Quimper...), mais commencent à pulluler ces infectes usines de transit en verre-béton-acier (la sainte trinité d'un monde aveugle à la beauté), dont le pire exemple est Montparnasse.
Qui nous reconstruira ces cathédrales de fer, telles Saint-Charles ou Austerlitz ?
Et j'aime marcher sur les anciennes lignes, mangées par la mauvaise herbe, de nos gares campagnardes abandonnées, mais j'aimerais encore mieux les voir revivre. A l'heure du pétrole cher, plutot que de multiplier les cars, j'aimerais voir revivre ces petites gares, ces ouvertures vers l'ailleurs, qui me faisaient rêver étant petit.
Mais non, TGV über älles, tout pour les cadres, les "technopôles", vite, vite, pas une minute à perdre, time is money, blablabla. L'heure est venue des voyages d'affaire, portable sur la plaquette, entre les buildings de Francfort et l'administration de Bruxelles.
J'ai mal à mon train, docteur.
19:16 Lien permanent | Commentaires (5) | Envoyer cette note
26/02/2007
Cémentine Autain, la gauche vide....
Via une recherche sur Alain Soral, je viens de tomber sur le blogue de Clémentine Autain, la belle* féministe du parti ex-communiste ex-français.
Dans l'article suivant : http://clementineautain.fr/2007/02/17/quand-alain-soral-s..., voici ce qu'elle écrit : L’homme est malheureusement un habile débatteur, un dangereux faiseur. A tel point que j’avais pris la décision de ne plus jamais débattre avec lui.
tellement plus facile, hein, Clémentine!
Puis finalement, elle se ravise, plastronnant : Pas sûr que je ne tente pas de lui claquer prochainement le beignet sur un plateau ou deux. Qui sait !
Essaie donc, bonne poire, tu risque de te prendre un gros pain dans ta jolie face. Qui sait ?**
*J'emploie à dessein ce qualificatif, je sais que ça l'énerve.
**Note trop courte, certes, mais Clémentine incarne tellement le vide intersidéral iédologique de la gauche que'il ne me semble pas utile de décrire ce néant en cinq pages. J'y reviendrais pourtant, chers lecteurs, plus en détail, lors de la prochaine intervention télé de Royal.
01:52 Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
24/02/2007
J'avais un ami
Il intervenait de temps à autre ici, sous le pseudo de "un ami" (c'est un mec qui a l'esprit pratique).
Pour des raisons de discretions, je l'appelerais Habib.
J'ai connu Habib sur les bancs de la fac de Brest, ou nous étudiions (étudiâmes?) l'Histoire. On était du genre à se placer au milieu (les éleves, et les étudiants pareillement, se classent en trois catégories : les bucheûrs, souvent de sexe féminin, qui se placent au premier rang et notent tout ce que dit le prof, de A à Z, même quand ledit prof répète la même chose avec trois phrases différentes).
Ensuite, il y a "ceux du fond", généralement mâles ou demi-putes. Ils finissent souvent en BEP ou en hommes d'affaires richissimes (mais c'est plus rare).
Enfin, il y a les tièdes (que Dieu vomit, mais ça fait du bien de vomir, c'est un plaisir physique, un cadeau du ciel après l'agonie de la nausée), les je-m'en-foutistes, ceux qui ont trop peu de personnalité, ceux qui au contraire en ont trop pour tomber dans le troupeau des bûcheurs ou des "ceux-du-fond"), ceux qui sont potentiellement bon éleves, mais qui se contentent d'un 11 de moyenne.
Bref, Habib et moi nous sommes connus en 1991. Il y a toujours quelque chose de magique dans la vitesse à laquelle se forment les amitiés. On riait des mêmes choses, mais ce qui nous a le plus rapproché est que les mêmes choses nous énervaient au plus haut point.
Choses que nous avions en commun : Edika, le Brest Armorique, De Gaulle, Pink Floyd, Desproges, Asimov, "Maurice, Skyrick, 22 heures".
Ce qui nous séparait : son caractère de Vierge parfaitement ordonné, mon caractère de Bélier un peu fou-fou, sa tendance à ne pas détester le libéralisme, ma tendance à ne pas rejeter entièrement le socialisme. son goût pour les aventuriers de la mer du XVIIIe siècle, mon goût pour la théorie politique ; son amour de Dire Strait, ma dévotion pour la House.
Choses que nous détestions de concert :la gauche, l'extrême-gauche, le monde médiatique-au-coeur-sur-la-main, le PSG, le stade rennais, notre vicelard de prof d'Histoire romaine, les USA, Ayrton Senna (bien fait!), Miguel Indurain -et Marc Blondel, j'allais oublier Marc Blondel !
Nous avons traversé la France dans sa petite Fiat (dont Nice-Rennes via Colombey-les-deux-Eglises quasiment d'une seule traite), nous avons été voir Jalabert gagner le criterium de Châteaulin, nous nous sommes téléphonés des heures lorsque nous étions éloignés. Lorsque nous regardions le JT, nous savions que l'autre serait énervé exactement au même moment. Nous avons attendu en vain le Big One (ce tremblement de terre qui devait dévaster la Californie, et qui était prévu pour...1993).
Nous avons traversé ensemble la même période de calme plat sentimental des années 92-95, nous avons eu chacun de notre côté nos petites aventures dans les années qui suivirent, nous avons trouvé l'amour presque au même moment.
Et puis tandis que je passais du statut de jeune journaliste de 25 ans à celui de trentenaire rmiste, Habib, lui, gravissait les échelons de la fonction publique. Il se mariait, achetait une maison, faisait un enfant.
Bref, la Vierge Ordonnée était devenue un adulte responsable, et le bélier fou-fou une sorte de mollusque énervé.
Et parfois, lorsque la pression est trop forte, le bélier donne des coups de corne, juste pour rappeler au monde (bêtement, je vous l'accorde) qu'il existe.
En clair, je lui ai envoyé un mail ou était écrit "VOUS ME FAITES TOUS CHIER" (le "tous" étant là pour faire passer la pilule, car je peux bien l'avouer, c'est à lui, qui ne me téléphonait presque plus, que j'en avais).
Il a répondu par un mail attristé de me voir dans cet état. Je ne me souviens pas de ma réponse, mais elle tenait plus du déni qu'autre chose.
Et un soir -miracle- au lieu du répondeur, je suis tombé sur Habib. Je lui demandais des explications sur...(sur quoi, au fait? me souviens plus. Je ferais un très mauvais diariste). Il m'a répondu d'un ton glacial qu'il n'avait ni l'envie ni le temps de me parler. Fin.
Depuis, j'ai du lui envoyer trois messages téléphoniques, cauchemarder plusieurs fois sur la perte de mon meilleur ami, mais aucune réponse ne m'est arrivée.
Autant la fidélité en amour (la fidélité sexuelle) ne me semble pas indispensable (de mon côté, hein! pas question qu'elle me trompe -ô ne vous scandalisez pas, chiennes de garde, des dizaines de pourcent d'hommes pensent la même chose sans le dire!), autant la fidélité amicale me semble aller de soi(t?).
Autant dire que je vis très mal cette histoire. me voilà sans Meilleur Ami. J'aimerais avoir les mots d'un écrivain pour dire ce que je ressents.
A la vérité, je ne souffre pas tant que ça. sans doute les effets conjugués de la dépression et des médicaments. J'aimerais souffrir comme à vingt ans. J'ai l'impression que l'âge adulte ne se résume qu'à ça : la baisse progressive, implacable, de l'intensité émotionelle.
Mais le bélier idiot persiste à croire que toute cette histoire n'est qu'un malentendu et que ça finira comme un happy-end. Indécrottable.
02:17 Lien permanent | Commentaires (3) | Envoyer cette note

